POINT D'INTÉRÊT 17
Lieu mémoriel d'un réseau de Résistants
Biographie de 3 résistants de Beaumont-en-Auge
Vous êtes maintenant à l'intérieur d'un circuit touristique avec Qr code, optimisé pour les téléphones mobiles, qui vous permettra de découvrir les merveilles de Beaumont en Auge.
Biographie de 3 résistants de Beaumont-en-Auge
Ordonné prêtre en 1919 après avoir été réformé pour faiblesse de constitution, il est nommé vicaire à Condé-sur-Noireau. Jugé trop moderne, il est déplacé dans la petite paroisse d’Auquainville jusqu’en 1939. Arrivé à Beaumont-en-Auge, il est résolu à défendre la liberté menacée.
Il donne asile à de nombreuses personnes, famille, amis ou étrangers dont neuf orphelins qu’il va élever comme un père. Tous les dimanches, sous l’Occupation, il fait prier pour la libération du territoire, ce qui ne l’empêche pas se lier d’amitié avec Günter Jock, officier allemand anti-nazi, qui venait aux offices, amitié qui durera toute leur vie.
Tout naturellement il s’engage en 1943 dans la résistance au STO (Service du travail obligatoire) visant les jeunes gens nés entre 1919 et 1923. Avec l’instituteur Serge Perronnel et Emmanuel Langin, le maire de Saint-Etienne-La Thillaye, il place dans sa famille des jeunes gens pour les soustraire au départ en Allemagne. Jean Tonnellier, son beau-frère, en embauche plusieurs dans son imprimerie à Condé-sur-Noireau.
Probablement dénoncés par des Français-es, ou repérés par la Gestapo à la suite d’enquêtes nationales centralisées à Paris, les trois résistants sont pris dans le vaste coup de filet effectué par la gestapo de Caen et ses auxiliaires français de la bande à Hervé en avril et mai 1944.
Ces rafles ont pour but d’arrêter les réfractaires au STO et de démanteler le réseau Zéro France de la région de Dives ainsi que le réseau Alliance situé à Vierville et Saint-Laurent-sur-mer. Près de trente arrestations sont opérées ce 25 avril 1944 par les agents de la sûreté allemande. Arrêtés sous la triple inculpation de « faussaires, espions et saboteurs », ils sont conduits à la Gestapo de Caen, et après un interrogatoire musclé, internés à la prison de Caen puis celle de Cherbourg où ils subissent un bombardement allié, poussant les Allemands à les déporter à l’île d’Aurigny le 17 mai 1944. Arrivés dans un convoi de 30 personnes arrêtées en Basse Normandie, ils y restent jusqu’au 25 juin 1944 à travailler 12 heures par jour dans des carrières au bénéfice de l’organisation Todt qui construit toujours le mur de l’Atlantique. L’avancée de l’armée alliée en Normandie détermine les Allemands à évacuer le camp et conduire les prisonniers vers une destination inconnue au cours d’un interminable voyage en train qui se transforme en errance marquée par la faim, la soif et l’anxiété de ce qui va leur arriver.
Grâce à son récit publié en 1988 sous le titre Au bagne le curé, nous possédons un témoignage exceptionnel sur les trois mois et demi de sa vie de prisonnier écrit dans une langue française de toute beauté et sans concession envers quelque autorité que ce soit.
Arrivés enfin à Paris, ils sont transférés à la caserne Mortier, puis à Butry-sur-Oise, en Seine-et Oise d’où le Père Lemoine s’évade le 11 août. Sans papiers ni Ausweiss, il réussit à rentrer à Beaumont début septembre.
Après la guerre, il est nommé à Courselles-sur-mer puis à Ouistreham et sera décoré de la Légion d’Honneur à titre militaire en 1988 des mains de son évêque. Il décède en 1992 à Ouistreham, titulaire de la Médaille militaire, de la Croix de Guerre avec Palme, de la Médaille de la Résistance et de la médaille de Anciens combattants et des Déportés.
est né 27 mai 1911 à Caen. Il se marie en 1934 à Louise Deschamp, auxiliaire de Mairie à Beaumont. Nommé instituteur à Beaumont, il va également élever plusieurs enfants placés par les services sociaux sous sa responsabilité. Parallèlement à son métier, il est secrétaire de mairie à Beaumont-en-Auge et Drubec, fonction qui lui donne accès aux tampons officiels lui permettant de réaliser des fausses cartes d’identité pour les jeunes réfractaires au STO.
Son action dans la résistance est inséparable de d’Emmanuel Langin et surtout du Père Lemoine qui lui a dédié Au bagne le curé par ces mots : « Je dédie ce livre à mon meilleur camarade dans la Résistance, Serge Perronnel, qui à l’époque était l’instituteur de Beaumont, et à tous ses camarades de déportation, et à tous les réfractaires du travail obligatoire. »
Ces héros discrets de Beaumont-en-Auge ont agi selon leur conscience personnelle. D’après son dossier conservé au Service Historique de la Défense, il fourni une centaine de cartes d’identité à des jeunes recommandés par des amis, dont le Percepteur Henri Passin et le curé de Beaumont. Il fournit également des cartes d’alimentation et de tabac tout en plaçant les jeunes dans des fermes du Calvados et de l’Orne. Avec sa voiture personnelle, il conduit dans l’Orne les personnes inquiétées par les Allemands.
Le 25 avril 1944, il est arrêté à 7 heures du matin, dans sa chambre à coucher, en présence de sa femme, Marie-Louise Deschamps, de l’abbé Lemoine, de Henri Passin, le percepteur qui travaillait avec eux, et des enfants du pensionnat qu’il dirigeait à Beaumont. Les enfants sont interrogés par les allemands. Conduit avec ses camarades au siège de la Gestapo, à Caen, ils sont internés à la prison de Caen, puis dirigés vers la prison de Cherbourg avant d’être déportés le 17 mai à l’île d’Aurigny où ils resteront jusqu’au 25 juin 1944.
Le Débarquement allié en Normandie oblige les Allemands à quitter Aurigny. Ils entassent leurs prisonniers dans un train en direction de l’est. Après un voyage interminable ils arrivent finalement Paris où ils sont internés à la caserne Mortier puis dans le camp de Butry-sur-Oise. D’après le Certificat de son camarade Georges Poulet, de Paris, Serge Perronnel s’évade le 12 août 1944 au cours d’un transport vers la gare de La Villette (marchandises) où il travaillait sous la garde d’un SS. Mais les circonstances et la date exacte de cette évasion ne sont pas confirmées.
Très éprouvé par sa vie de bagnard à Aurigny, et par le terrible voyage en train, Serge Perronnel gardera de nombreuses séquelles de sa déportation. Avec sa femme et son fils, il s’installe en banlieue parisienne, à Saint Mandé, avant de terminer ses jours en 1967, à Cagny, d’où est originaire son épouse.
est né le 9 avril 1889 à Saint-Etienne-la Thillaye. Il est cultivateur et maire de St-Etienne-la-Thillaye, à côté de Beaumont.
Eugène Emmanuel Langin s’engage dans la résistance au STO en août 1943, quand les jeunes gens du canton sont poursuivis par les gendarmes pour les obliger à partir en Allemagne. Comme la population ne veut pas sacrifier sa jeunesse à l’effort de guerre allemand, une résistance silencieuse s’organise dans la région pour la soustraire au STO.
Eugène Langin possède une ferme dans l’Orne et connait d’autres cultivateurs susceptibles de les accueillir. Il fabrique également de fausses cartes d’identité et d’alimentation et soustrait à l’occupant des produits destinés à la réquisition allemande.
Arrêté sous la triple inculpation de « faussaire, espion et saboteur » avec ses camarades de Beaumont, il est interné à la prison de Caen, puis celle de Cherbourg avant d’être déporté à l’Ile d’Aurigny le 17 mai 1944.
Après l’avancée des alliés en juin 1944, les déportés d’Aurigny sont dirigés vers Paris, à la caserne Mortier puis à Butry-sur-Osie Langin s’évade le 10 août 1944 avec son camarade Serge Perronnel. Il rentre à Saint-Etienne début septembre.
Eugène Langin sera élu trésorier de l’Association des Déportés et Internés de la Résistance du canton de Pont-L’Evêque dont le docteur Etienne Grandrie, de Pont-L’Évêque, était président d’honneur. Il occupera cette responsabilité jusqu’à sa mort en 1973.